Nolwenn ANIER

Nolwenn ANIER

Docteure en psychologie sociale

Biais socio-cognitifs

Biais socio cognitifs - Usageo
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Les biais socio-cognitifs : Personne n’est à l’abri !

Pour rappel, le cerveau humain perçoit en permanence des stimuli sensoriels qu’il traite de manière quasi instantanée, consciemment ou inconsciemment. Comme vous pouvez vous l’imaginer, cela fait beaucoup (beaucoup) d’informations. Pour simplifier ce traitement, le cerveau met donc en place des raccourcis. Bien pratiques dans la majorité des cas, ceux-ci économisent de précieuses ressources cognitives. Mais cela amène également à des erreurs de jugement qui sont tout aussi automatiques qu’insidieuses. Ces raccourcis se nomment des heuristiques, et les erreurs de jugement qui en résultent se nomment des biais.

Or ces biais peuvent considérablement influencer les résultats des tests utilisateurs.

Aujourd’hui, je vous parle en quelques sortes du roi des biais : le blind spot, également appelé “biais de la tâche aveugle” ou “biais de l’angle mort”. 

Pourquoi est-il le roi des biais ? Tout simplement parce qu’il désigne notre tendance à percevoir les biais cognitifs chez les autres … mais pas forcément chez soi ! Ce blind spot nous empêche ainsi de percevoir les informations erronées ou incomplètes qui peuvent être à la base de nos jugements. Nous allons donc avoir naturellement tendance à nous croire à l’abri des biais socio-cognitifs. Ce terme fait d’ailleurs référence à un biais visuel réel que nous avons toutes et tous : une zone de notre rétine dépourvue de photorécepteurs. Cette zone est donc aveugle, et notre cerveau complète la portion visuelle manquante.

Comment expliquer ce phénomène ?

Celui-ci serait en partie lié au fait que nous accordons généralement une plus grande valeur aux informations provenant de l’introspection. En d’autres termes, lorsque nous évaluons nos jugements ou nos perceptions, nous tendons à accorder plus de crédits aux informations qui proviennent de nos pensées qu’à celles qui proviennent des pensées des autres. Cela proviendrait d’un besoin, pour notre santé psychologique, de maintenir une bonne image de nous-mêmes. Or, envisager que nos jugements puissent ne pas être rationnels irait plutôt à l’encontre de cette bonne image de nous-même, via une remise en question de nos aptitudes. Ce phénomène est également amplifié par la nature inconsciente des biais cognitifs. Même en faisant des efforts considérables, il est impossible d’être conscient de tous les biais qui influencent nos perceptions et nos jugements. 

Ce biais peut également avoir l’effet paradoxal de rendre les personnes informées de l’existence des biais socio-cognitifs encore plus sensibles à ces biais. En effet, avoir conscience de l’existence de ces biais ne signifie pas nécessairement qu’on est capable de les identifier chez soi. être conscient de l’existence des biais socio-cognitifs est souvent confondu avec le fait d’être conscient de ses propres biais cognitifs. Les personnes qui les connaissent bien ces biais auront même plutôt ainsi tendance à se croire à l’abri, en pensant être capable de les repérer facilement. soit par croyance que les biais sont liés à l’ignorance, soit par sentiment d’être capable de repérer les biais lorsqu’on les connaît. Cependant, les biais influencent nos comportements et nos jugements de façon si automatique que même le plus averti ne pourrait totalement les supprimer. En se croyant capable de neutraliser leur influence ’effet des biais, on ne fait donc que renforcer le risque de voir ses jugements biaisés.

Si personne n’est à l’abri des biais, si les biais ne peuvent totalement être supprimés, comment faire pour sécuriser les procédures de tests utilisateur ? Bien évidemment, former les testeurs est très important. 

Au-delà d’une sensibilisation aux biais susceptibles d’intervenir dans le test, mais aussi à l’impossibilité d’être totalement maître de ces biais. L’autre partie de la solution consiste à construire des protocoles de tests qui laissent peu de place à la subjectivité du testeur. En utilisant des outils d’évaluation précis, en s’assurant au préalable qu’aucune information dans le protocole ne viendra influencer le testeur, on s’assure ainsi d’obtenir un résultat le plus fiable possible.

Sources 

Chandrashekar, S. P., Yeung, S. K., Yau, K. C., Feldman, G., Cheung, C. Y., Agarwal, T. K., … & Chan, H. Y. C. (2020). Agency and self-other asymmetries in perceived bias and shortcomings: Replications of the Bias Blind Spot and extensions linking to free will beliefs. Retrieved March.

Pronin, E. (2008). How we see ourselves and how we see others. Science, 320(5880), 1177-1180.


Pronin, E., & Kugler, M. B. (2007). Valuing thoughts, ignoring behavior: The introspection illusion as a source of the bias blind spot. Journal of Experimental Social Psychology, 43(4), 565–578. https://doi.org/10.1016/j.jesp.2006.05.011

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