Heuristiques

heuristiques

Dans notre quotidien, une immense quantité d’actions nécessitent des décisions immédiates. Pourtant, toutes ces actions, qui nous paraissent parfois si simples, impliquent une multitude de prises de décisions. Si nous n’en sommes pas conscient, c’est que nous avons mis en place des processus afin de simplifier et d’automatiser de nombreuses tâches : Ce sont les heuristiques.

Les heuristiques, c’est quoi ?

Définition et étymologie

Le nom heuristique provient du grec ancien heurisko, trouver (qui a donné eurêka). Suivant les domaines, science, philosophie, informatique, psychologie la définition varie. En psychologie, l’heuristique peut se définir comme une opération mentale, rapide et intuitive (heuristique de jugement). Elles sont des processus mentaux permettant de simplifier une tâche ou de répondre à une exigence cognitive complexe afin de résoudre un problème. Nous pouvons donc imaginer les heuristiques comme des raccourcis mentaux. Sur le plan de la pensée, ces stratégies permettent de prendre des décisions plus rapides. Il en va de même lorsque l’on exécute une tâche au quotidien.

Pour Jean-Louis Le Moigne, dans « La modélisation des systèmes complexes » (Ed. Dunot, 1991), les heuristiques peuvent s’expliquer par cette définition : « Une heuristique est un raisonnement formalisé de résolution de problème (représentable par une computation connue) dont on tient pour plausible, mais non pour certain, qu’il conduira à la détermination d’une solution satisfaisante du problème. »

Les heuristiques sont indispensables

Les heuristiques nous permettent donc de réaliser une multitude de petites actions au quotidien, sans mobiliser trop d’énergie. D’ailleurs, sur le plan de notre espèce, et face aux besoin d’agir vite face à l’incertitude ou au danger, nous ne serions probablement plus là si nous n’avions pas mis en place des processus rapides pour réagir.

Les raccourcis

Attention aux raccourcis

La pensée développe ses propres heuristiques et dans un grand nombre de situations, cela nous est très utile et nous simplifie tâche. Seulement parfois, cela nous joue des tours. En simplifiant notre démarche, nous occultons une partie de l’information et n’apportons parfois qu’une réponse partielle et incomplète. Cela nous conduis donc à des approximations ou des erreurs. Lorsque ces erreurs sont répétitives et systématiques, nous les appelons des biais. Par exemple, nous avons tous eu un avis sur un sujet, jusqu’au jour ou une personne nous fait prendre conscience que nous n’avons pas intégré d’autres aspects d »un problème. Nous vous invitons à lire également notre article sur le modèle théorique des systèmes de pensée mis en lumière par la psychologue KAHNEMAN.

Exemple d’une heuristique : L’heuristique de disponibilité

Cette heuristique désigne un mode de raisonnement qui se base uniquement ou principalement sur les informations immédiatement disponibles, sans chercher à en acquérir de nouvelle concernant la situation.

Pourquoi créer des raccourcis ?

L’information en masse

L’abondance d’informations, surtout à notre époque ou tout circule très vite et sans contrôle, devient parfois nocive et contre-productive. Pour apporter des réponses à certaines questions, il faudrait prendre un problème dans sa globalité, aborder des nombreux sujets transverses dont nous ne maîtrisons parfois rien, savoir trouver les bonnes sources d’informations… Bref, tout cela peut prendre énormément de temps, voir des années si l’on voulait s’exprimer avec une certaine hauteur et crédibilité à propos de certains sujets. Nous sommes donc plus ou moins “contraint” à filtrer certaines informations. Bien évidement, cela à pour incidence d’occulter certaines informations parfois essentielles dans la prise en compte d’une problématique. C’est ainsi que nous prenons parfois des décisions basées sur des éléments que nous considérons comme représentatifs. [Biais de représentativité]. Il existe une multitude d’autres pièges, parfois même lorsque les données sont corrélées par un fort coefficient [Illusion de causalité]

Le temps

Dans nos quotidiens, nous devons prendre des décisions, apporter des réponses, nous positionner sur des sujets dans des délais parfois très courts… C’est le cas bien sûr dans le monde professionnel. L’absence de temps nous oblige à couper certaines branches de l’arbre de connaissances et à n’avoir qu’une vision parcellaire de certains sujets. Il faut toutefois noter que dans certaines situations, les décisions rapides sont nécessaires. Nous ne pouvons pas toujours rester paralysé et sans réponse face à certaines situations.

Risque du changement et impact sur l’image de soi

Nous sommes soucieux de notre autonomie et de notre place ou statut au sein d’un groupe, qu’il soit professionnel ou autres. Pour conserver cela, nous avons tendance à contourner les sources d’erreurs possibles, en particulier celles qui pourraient nuire de manière irréversible à notre statut ou notre autonomie. Le biais de statu quo traduit la résistance au changement et une attitude mentale dans laquelle toute nouveauté est perçue comme engendrant plus de risques que d’avantages. Dans le monde professionnel, nous pouvons l’observer régulièrement. Dans certaines grandes entreprises avec une hiérarchie verticale et des emplois sur le long terme, la prise de risque et le changement ne font pas toujours parti de la culture. A cause de cet effet, de nombreuses décisions ne sont pas prises. Le décisionnaire a parfois plus de risque à perdre pour sa crédibilité et son statut qu’à changer un système imparfait mais qui fonctionne partiellement. Par conséquence, les personnes préfèrent que les choses restent à l’identique ou évoluent le moins possible.

Sens et histoires

Si la nature a horreur du vide, il semblerait que ce soit la même chose pour notre pensée. Le monde qui nous entoure est complexe et nous ne sommes capable que d’en voir une infime partie. A partir de données éparses, nous avons tendance à relier des points et à combler les vides. Nous projetons notre état d’esprit et nos suppositions actuels sur le passé et le futur.

Sources

Quelques sources pour vous permettre d’aller plus loin sur le sujet.

Kahneman, D., Tversky, A. (1972). Subjective probability : a judgment of representativeness. Cognitive Psychology, 3, 430-454.

Kahneman, D., Tversky, A. (1973). On the psychology of prediction. Psychological Review, 80, 237-251.

Kahneman, D., Tversky, A. (1982). On the study of staistical intuitions, Cognition, 11, 123-141.

Webster, D. M., Kruglanski, A . (1998). Cognitive closure and social consequences of the need for social closure. European Review of Social Psychology, 8, 133-173.

 Yachanin, S. A.,Tweney, R. D. (1982). The effect of the thematic content on cognitive staetegies in the four-card selection task. Bulletin of the Psychometric Society, 19, 87-90.

** Un lien également vers notre article sur les systèmes de pensée et sur la catégorisation

heuristiques